La transition nutritionnelle et la consommation de fruits et légumes
La transition nutritionnelle que connaissent tous les pays industrialisés ou en voie de développement se traduit par une augmentation de la consommation de matière grasse et de sucres simples qui contribue à augmenter les risques d’obésité et de maladies dégénératives. Un encouragement à la consommation de fruits et légumes participe à la correction de ces déviances.
De l’utilité de l’histoire pour infléchir l’évolution de nos régimes
L’alimentation des pays occidentaux a connu des bouleversements sans précédent au cours des deux derniers siècles avec des conséquences sur la santé de l’homme à la fois positives et négatives. Trop souvent cependant, nous ne percevons que quelques uns des éléments caractérisant ces changements alors que seule une perception globale peut aboutir à une prise de conscience de l’ampleur de cette évolution et de l’urgence des actions à mener pour corriger les déviances qu’a connues notre alimentation.
Des changements considérables dans la part des différents macro nutriments aux apports énergétiques
La nouvelle offre alimentaire a conduit à modifier radicalement la nature des produits alimentaires consommés avec des conséquences sur la part des différents macro nutriments, lipides, glucides et protéines dans les apports énergétiques. Un des traits les plus caractéristiques est l’augmentation de la consommation de lipides qui s’explique d’une part par une consommation accrue de matières grasses animales (produits laitiers et consommation de viande quand le niveau de vie s’améliore) mais plus encore par celle d’huiles végétales utilisées pour la cuisson ou l’assaisonnement ou incorporées dans divers aliments (pizzas, crèmes glacées, pain, biscuits…). Elle est liée au développement de la filière oléagineuse, plus rapide que celui de n’importe quelle autre filière, et à la production d’huiles bon marché.
Une autre caractéristique est l’augmentation de la consommation de sucres simples et la diminution de celle de l’amidon surtout liée depuis quelques années à la consommation de boissons et d’aliments riches en sucres. Ces aliments comptent aujourd’hui aux USA pour les ¾ des apports en sucres simples. Parallèlement, la consommation d’amidon (pain, pomme de terre) diminuait de manière très importante dans les cinquante dernières années en France.
Un autre caractère essentiel est la diversification des aliments offerts à la consommation, rendu possible par les progrès technique, le développement d’une infrastructure adaptée au transport de produits alimentaires périssables et stimulé par la forte compétition entre firmes de l’agro – alimentaire. Cette diversification a eu des effets sur la santé en améliorant la couverture des différents micro nutriments.
La perte des repères liés à la tradition a rendu les habitants des pays industrialisés particulièrement sensibles aux messages divers, en particulier publicitaires, véhiculés par les médias qui visent à satisfaire notre attirance innée pour les goûts sucrés et les aliments riches en matières grasses.
L’émergence des maladies de civilisation
Ces changements, s’ils ont permis à une époque de voir disparaître les principales maladies de carences, contribuent désormais au développement de l’obésité et des maladies dégénératives telles que cancers et maladies cardio – vasculaires qualifiés de maladies de civilisation qui sont désormais les principales causes des pays industrialisés. L’émergence de ces maladies de civilisation n’est pas expliquée par l’augmentation de l’espérance de vie.
Par ailleurs, un grand nombre d’études épidémiologiques ont permis d’identifier les facteurs protecteurs et facteurs de risque qui sont souvent liés à l’alimentation.
Transition nutritionnelle et fruits et légumes
L’augmentation de la consommation de fruits et légumes est désormais une priorité affichée dans tous les programmes nationaux des pays industrialisés qui visent à forcer l’évolution de nos régimes alimentaires dans un sens plus favorable au maintien de la santé. La consommation de fruits et légumes des français est insuffisante aujourd’hui.
En France, cette consommation semble s’être stabilisée autour de 300g par jour, une valeur bien en deçà des recommandations des nutritionnistes qui préconisent 600g par jour pour réduire au mieux les risques de maladies dégénératives. Plusieurs études ont récemment montré qu’un encouragement à consommer plus de fruits et légumes contribuait aussi à réduire la consommation d’aliments riches en matières grasses et en sucre et à faciliter le contrôle du poids.
Augustin SCALBERT. Octobre 2003
Directeur de recherche, unité des maladies métaboliques
INRA
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