Quelles recommandations nutritionnelles chez le patient atteint par la maladie d'Alzheimer ?

Quels sont les problèmes nutritionnels chez les patients atteints de maladie d’Alzheimer ?
• La perte de poids représente, avec les symptômes psycho comportementaux et les troubles de la mobilité, l’une des manifestations principales de la maladie d’Alzheimer (MA). Elle affecte entre 30 à 40% des patients atteints de la MA, indépendamment du lieu de vie (domicile ou institution). Elle peut s’associer à une malnutrition protéinoénergétique à l’origine de complications sévères (altération du système immunitaire, atrophie musculaire, perte d’autonomie, décès). Les différentes études montrent que la perte de poids ne survient pas qu’aux stades évolués de la MA ; elle peut également affecter les patients dès les premiers stades de la maladie.
• Les mécanismes de cet amaigrissement ne sont pas encore totalement élucidés. Dans tous les cas, la perte de poids traduit une insuffisance des apports caloriques alimentaires par rapport aux besoins. L’altération des activités instrumentales de la vie quotidienne peut en être une des causes. Avec l’aggravation de la maladie, on constate l’apparition de troubles du comportement alimentaire de nature parfois oppositionnelle mais aussi apraxique. Ces troubles sont dominés par l’anorexie qui peut survenir à n’importe quel stade de la maladie. L’anorexie peut être secondaire à des symptômes dépressifs, mais peut aussi être en rapport avec des signes productifs (délire ou hallucination), une iatrogénie (toxicité médicamenteuse) ou une cause somatique.
• Dans certains cas, l’amaigrissement paraît inexpliqué par les mécanismes précédents. D’autres hypothèses ont été évoquées, comme la possibilité d’une élévation des dépenses énergétiques ou l’existence de perturbations biologiques mais aucune n’a fait réellement sa preuve. La mesure régulière du poids doit donc être un des paramètres de suivi des patients atteints de maladie d’Alzheimer. Parmi les échelles évaluant le statut nutritionnel, le Mini Nutritional Assessment ou MNA est un outil comprenant 18 items de maniement simple qui permet de classer des sujets en 3 catégories selon leur statut nutritionnel : normal, à risque de dénutrition ou dénutri. Cet outil peut également guider la mise en place d’une intervention nutritionnelle ciblée.
Que doit repérer un aidant ? Que doit-il faire ?
• Le poids doit être surveillé tous les mois ainsi qu’au cours de chaque évènement stressant. Il faut garder à l’esprit que la perte de poids témoigne toujours d’une insuffisance des apports caloriques qui doivent être ajustés de façon individuelle. Dès l’amorce d’un amaigrissement, l’aidant doit en parler au médecin.
• En fonction des causes potentielles retrouvées, le praticien pourra proposer différentes attitudes (si besoin assistance, accompagnement par l’aidant ou l’aide ménagère lors des repas, portage des repas, compléments nutritionnels, suppléments nutritionnels…). Des conseils spécifiques adaptés à chaque cas peuvent améliorer considérablement les apports nutritionnels (ex : privilégier les aliments qui se mangent avec les doigts, présenter les plats un par un…). La littérature scientifique souligne l’efficacité de certaines de ces interventions dans la prise en charge de l’amaigrissement associé à la MA. La majorité de ces études montre une reprise de poids significative avec une augmentation des apports nutritionnels, en particulier par adjonction des compléments nutritionnels oraux. D’autres auteurs ont montré que la prise en charge nutritionnelle des patients à travers la formation des aidants familiaux sur la MA et la nutrition pouvait aussi avoir une action positive. En effet, une meilleure compréhension de la maladie par l’entourage lui permet de mieux adapter ses réactions. Enfin, il faut garder à l’esprit que l’activité physique est un des moyens d’intervention simple qui permet de stimuler l’appétit et de restaurer la balance énergétique chez les patients.
• Dans tous les cas, il convient de prévoir les repas à des heures régulières, de respecter la place de la personne à table et de proposer une alimentation variée sans trop de plats différents au même moment.
Pourquoi l’aidant doit-il faire attention à lui ? Comment l’aider face à la maladie ?
• De nombreux travaux confirment que l’aidant du patient atteint de MA est fragilisé aussi bien sur le plan physique que psychique. La souffrance de l’aidant, si elle n’est pas prise en compte, peut retentir sur l’état de santé du patient. Il est impératif d’évaluer son état de santé et en fonction, d’adapter le dispositif d’aides qui peut être mis en place à domicile (intervenants extérieurs : aides ménagères souvent prises en charge par l’APA, aides-soignantes ou IDE, kinésithérapeutes, centres de jours…). Les catégories d’acteurs intervenants et les services nécessaires dépendent des incapacités de la personne. Les Centres Locaux d’Informations et de Coordination gérontologiques (CLIC) sont en principe là pour assurer l’information concernant l’offre de soin et aider le médecin à la coordonner.
Pr Fati NOURHASHEMI - Service de Médecine Interne et Gérontologie - Hôpital Purpan - Casselardit, Toulouse - Nutrizoom n°26 Septembre 2007 - p 2-3
Références ; 1 - IANA (International Academy on Nutrition and Aging) groupe d’experts : perte de poids et maladie d’Alzheimer. Rev Geriatr 2006 ; 31 : 565-580., 2 - Le guide nutrition pour les aidants des personnes âgées. PNNS 2006., 3 - Guerin O, Andrieu S, Schneider SM, Milano M, Boulahssass R, Brocker P, Vellas B. Different modes of weight loss in Alzheimer disease: a prospective study of 395 patients. Am J Clin Nutr 2005; 82: 435-441., 4 - Blandford G, Watkins LB, Mulvihil MN. Assessing abnormal feeding behavior in dementia: a taxonomy and initial findingd. In: Vellas B, Rivière S, Fitten J, ed. Weight loss & eating behaviour in Alzheimer’s patients. Research and practice in Alzheimer disease. Paris: SERDI, 1998; 47-64.
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