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16 05 2008 09:41
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prévenir déshydratation

 

Point de vue d´expert :
Prévenir et Eviter une Déshydratation
par Dr. Karine Soulier Mai 2006

Prévenir et éviter une déshydratation

 

Y- a-t-il des circonstances particulières à risque de déshydratation ?

L'organisme perd naturellement entre 1,5 à 2 litres de liquides par jour répartis entre la sudation, la respiration et l'élimination urinaire. La déshydratation survient surtout en cas de pertes d’eau accrues, lorsque celles-ci ne sont pas compensées par une augmentation suffisante des apports, surtout des boissons.

La déshydratation peut être favorisée par une forte fièvre, une chaleur intense (canicule ou chauffage), un exercice physique ou un trouble intestinal de type vomissements ou diarrhées... Les nourrissons et les personnes âgées y sont particulièrement sensibles.

Les personnes âgées ont une diminution de la perception de la soif et donc une tendance à boire peu. De plus, il existe une diminution de leur capacité à concentrer leurs urines et ont donc une perte d’eau plus grande. Les facteurs de risque de déshydratation du sujet âgé sont multiples et variés.

L’exercice physique conduit à un travail musculaire qui produit de la chaleur. La transpiration constitue le système de refroidissement de l'organisme. Cet excès de sudation est un facteur de déshydratation. Cette transpiration est diminuée chez les sujets âgés ; cette absence de sudation est un facteur de risque important en gériatrie car il empêche l’organisme d’éliminer l’excès de chaleur.

La fièvre et la chaleur représentent une perte hydrique supplémentaire (0,5 L par degré au-delà de 38°C de température corporelle ou extérieure).

Quels sont les signes annonciateurs d’une déshydratation ? Quand faut-il s’alerter ?

Chez l’adulte, la déshydratation se manifeste par une soif intense et une sécheresse de la bouche qui conduit le plus souvent le sujet à augmenter ses apports hydriques.

Chez le sujet âgé, la déshydratation donne des signes cliniques parfois difficiles à apprécier surtout chez les sujets déments…

La déshydratation chez les nourrissons et les personnes âgées constitue toujours une situation d'urgence.

Il faut savoir d’abord la prévenir dès qu’il existe plusieurs facteurs de risque, en augmentant les boissons et en réduisant les médicaments qui entraînent une fuite d’eau.

Lorsqu’elle survient, il faut restaurer au plus vite les apports hydrosodés (eau + sel).

Le traitement repose sur l'administration de solutés par voie orale si possible (boisson notamment salée, du type potage léger), ou par hyperdermoclyse qui est une technique consistant à perfuser dans le tissu sous-cutané fréquemment pratiquée chez le sujet âgé. Lors des cas plus graves, la réhydratation peut être réalisée par voie intraveineuse. Dans tous les cas, la réhydratation doit se faire de façon progressive. En effet, il peut être dangereux d’apporter plus de 2 litres chez des sujets aux capacités cardiaques souvent amoindries.

Comment prévenir ce risque de déshydratation ?

Notre organisme est constitué selon l’âge de 80 % (chez le nourrisson) à 55 % (chez le sujet âgé) d’eau. Nous perdons en effet progressivement du muscle avec l’âge, et donc de l’eau car le muscle est la réserve d’eau du corps. L’eau est un élément essentiel à notre bonne santé. L’apport hydrique quotidien doit être en moyenne de 30 ml par kg de poids et doit être augmenté en cas d’activité physique ou de forte chaleur. Cet apport doit comporter 1 litre à 1,5 litres de boisson (eau) et une consommation d’aliments comme les fruits et les légumes qui sont composés de 80 à 95 % d’eau. Les aliments apportent environ 1 litre d’eau par jour. Il faut donner à boire aux enfants abondamment en cas de diarrhée, de fortes chaleurs ou de fièvre. Ne les laissez jamais même pour quelques minutes dans une voiture au soleil et cherchez le frais et l'ombre en été. Les mêmes conseils s’appliquent aux personnes âgées.

Lors d’un exercice physique, pour compenser l'eau perdue sous forme de sueur, il faut boire avant, pendant et après l'exercice même si on n'en ressent pas le besoin. La boisson conseillée est l'eau, légèrement salée.

En période de canicule, pour les adultes, buvez abondamment et régulièrement tout au long de la journée et non pas uniquement lorsque vous avez soif, puisque la sensation de soif est un signe tardif de déshydratation, limitez les sorties et restez au frais.

Les apports en eau conseillés pour les personnes âgées ont tendance à être plus élevés que ceux de l'adulte avec 2 à 2,5 litres d’apports hydriques par jour comprenant l'eau apportée par les boissons et l'eau liée aux aliments, car les fuites urinaires sont plus importantes. Les sujets âgés doivent boire régulièrement par petites quantités des boissons régulièrement au cours de la journée. En institution, ce sont l’équipe soignante et la famille qui doivent fréquemment proposer des boissons diversifiées, dont des potages.

Par quels moyens peut-on surveiller l’efficacité d’une bonne hydratation ?

Il est important d’informer et d’éduquer les sujets âgés, leur entourage, et l'équipe soignante s’ils sont en institution sur les facteurs de risque de déshydratation et les moyens de la prévenir.

Ainsi, il faut noter le volume des boissons mais aussi la nature des aliments ingérés car tous ne contiennent pas la même quantité d’eau. En effet, les corps gras (huile, beurre) en contiennent très peu alors que les fruits et légumes sont majoritairement constitués d’eau (80 à 95 %). Les urines doivent être contrôlées en quantité et en qualité ; des urines sombres sont des urines trop concentrées qui témoignent d'un apport hydrique insuffisant.

Cliniquement, il faut s’assurer d’une bonne humidification de la langue, de l’absence de pli cutané persistant (pour tester : on prend entre deux doigts doucement la peau au niveau du sternum ou des cuisses, et après l’avoir lâchée, elle ne doit pas rester plissée), de l’absence de fièvre et de perte de poids lors des fortes chaleurs, de la normalité de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle.

Le médecin peut faire réaliser une prise de sang à la recherche de signes de concentration sanguine secondaire à la déshydratation. Ceux-ci se traduisent par une augmentation de la natrémie (concentration en sel), du taux de protéines et de l’hématocrite (% de globules rouges). Il recherche une insuffisance de fonctionnement du rein (diminution de la clairance de la créatinine) qui peut être une complication de la déshydratation.

Que faire lors d’un régime de restriction en sel ?

Votre médecin peut vous prescrire trois grands types de régimes sans sel selon votre pathologie. Il ne faut jamais vous mettre au régime sans sel de votre propre initiative car le sodium est un minéral essentiel au bon fonctionnement de l’organisme.

  • Lors d’un régime sans sel "large", il faut réduire vos apports à 3 à 6 grammes de sodium par jour mais ne pas les éliminer totalement. Il faut supprimer tous les aliments les plus riches en sel à commencer par les préparations très salées (plats tout prêts, charcuteries, certains fromages) et le chlorure de sodium (sel d'assaisonnement).
  • Lors d'un régime désodé strict, l'apport en sels sera réduit à moins de 1 g par jour en faisant un choix parmi les aliments qui contiennent le moins de sodium afin de ne pas dépasser le seuil maximal du régime. Le nombre d'aliments autorisés est plus limité. Ce régime n’est prescrit en gériatrie que lors des poussées d’insuffisance cardiaque.
  • Entre les deux, il existe le régime désodé standard, tel qu'il est pratiqué à l'hôpital qui apporte environ 1 à 3 g de sodium par jour. Lors d'un régime sans sel, les aliments paraissent souvent très fades et le risque principal est alors le manque d'appétit et la survenue d’une dénutrition surtout chez le sujet âgé. Il existe des astuces culinaires pour rendre aux aliments une saveur correcte avec l’emploi de condiments variés (poivre, oignons, persil, ails, échalotes...). Certaines cuissons préservent mieux la saveur des aliments comme les cuissons en papillote, braisée, à la vapeur plutôt qu’à l’eau. On peut utiliser des huiles très parfumées comme les huiles de noix et d’olive, des vinaigres aromatisés aux herbes ou à l’estragon. L’emploi de sel sans sodium « dit de régime » est possible après le consentement de son médecin, mais il est riche en potassium et peut être déconseillé chez les cardiaques.

La plupart des aliments du commerce contiennent du sel même les plats sucrés. Il faut donc vérifier la composition des aliments sur les étiquettes et emballages. Les conserves, la charcuterie, les viandes et poissons fumés ou séchés, les fruits de mer, les plats préparés du commerce, les fromages salés sont prohibés. Concernant les liquides, certaines eaux gazeuses, les sodas, les jus de fruit du commerce sont interdits.

Certains médicaments peuvent-ils avoir un effet sur ce risque de déshydratation ?

De nombreux médicaments comportent un risque accru de déshydratation.

Les diurétiques prescrits dans le traitement d’une l’hypertension artérielle, ou d’une l’insuffisance cardiaque peuvent provoquer des troubles de l’hydratation et des troubles de la composition en ions au niveau sanguin. Les laxatifs s’ils s’accompagnent de diarrhées importantes peuvent entraîner une déshydratation.

Certains médicaments anodins peuvent apporter du sel. C’est le cas de beaucoup de formes effervescentes (par exemple les comprimés effervescents de paracétamol apportent 1 gr de sel par gr de paracétamol).

Les sédatifs et de nombreux autres traitements qui altèrent la vigilance peuvent entraîner une diminution de l’apport hydrique spontané.

Certains traitements peuvent induire une hyperthermie ou fièvre dans des  conditions normales de température ou en cas de vague de chaleur comme certains traitements psychotropes (neuroleptiques, agonistes sérotoninergiques) et donc favoriser la déshydratation.

Médicaments influençant la déshydratation

Risque: Diurétiques +++ Important Neuroleptiques, anxiolytiques, hypnotiques, sédatifs par altération de la vigilance

Risque: Laxatifs MoindreTraitements antidépresseurs sérotoninergiques

«Prévenir et éviter une déshydratation» Nutrizoom n°21 - Mai 2006 Dr Karine SOULIER, Service de Médecine Interne, CHU Hôtel Dieu, Clermont-Ferrand

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