Le rapport "Oméga 6" / "Oméga 3" : Un thème explosif
L’évolution de nos habitudes :
L’équilibre alimentaire, c’est toujours une balance entre deux composantes. Or, en ce qui concerne le rapport « oméga 6 » / « oméga 3 », l’équilibre est rompu déjà depuis longtemps. Il est passé de 1/1 autrefois, au temps du néolithique, à 10/1 au début du siècle dernier, pour atteindre aujourd’hui un niveau de 15 à 20/1. Or, les recommandations des nutritionnistes sont très nettement en faveur d’un abaissement de ce rapport à 5/1 ou même très nettement en deçà chez l’adulte. Il se situe traditionnellement aux alentours de 1/3 chez les Inuits, de 3/1 chez les japonais, et de 5/1 dans le régime crétois.
Quelles sont les raisons de ce changement ?
La première raison est la modification de la composition de la chair des produits animaux, liée aux modifications de l’alimentation animale. La stabulation a diminué (pour les ruminants) l’importance de l’herbe, du foin et du fourrage et, a accru (pour les mono gastriques : volaille, porc…) l’importance des tourteaux de soja, maïs, tournesol… Ceci a entraîné une augmentation très importante de la teneur en acide linoléique (oméga 6) dans la chair de ces animaux et dans le jaune d’œuf, au détriment de l’acide alpha linolénique (oméga 3).
Parallèlement depuis 50 ans, la consommation d’huiles végétales non seulement s’est fortement accrue (en partie pour réduire la part des acides gras saturés) en occident, mais surtout la consommation s’est essentiellement orientée vers les huiles riches en acides gras linoléique (oméga 6) (tournesol, maïs, soja, pépin raisin, carthame) et pauvres en acides alpha linolénique (oméga 3) (arachide, olive).
Parmi celles utilisées en alimentation humaine, seules 4 d’entres elles ont une teneur significative en acide alpha linolénique, dont 3 ont un rapport « oméga 6 » / « oméga 3 » convenable : colza, noix, germes de blé.
Quelles sont les répercussions ?
Ce rapport est loin d’être anodin car il conditionne les effets des acides gras qui sont la résultante d’un équilibre. Les acides gras poly-insaturés jouent en effet 2 rôles principaux après leur incorporation dans les membranes cellulaires :
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un rôle structural majeur pour de nombreux tissus dont le tissu nerveux et le tissu cardiaque, où les oméga 3 jouent un rôle sur la fluidité des membranes, les échanges membranaires, la libération et le métabolisme des neurotransmetteurs, globalement avec un effet stabilisateur de membrane
Un déséquilibre d’apport avec un rapport « oméga 6 » / « oméga 3 » trop élevé conduit à des médiateurs générant un effet aggrégant, arythmogène, inflammatoire, prolifératif prédominants.
Quelles conséquences pour la santé ?
Les conséquences apparaissent de plus en plus importantes dans un nombre croissant de pathologies, de façon de plus en plus documentée. Dans le domaine cardio vasculaire, il apparaît de plus en plus évident qu’un apport excessif en acide linoléique n’entraîne pas de bénéfice en terme de prévention des cardiopathies ischémiques. Au contraire, un apport élevé en acide alpha linolénique et/ou en EPA/DHA (huiles de poisson) a un effet très fortement positif. Dans la sphère neuropsychatrique, un apport élevé en acides gras oméga 3 est associé à un moindre déclin cognitif. De même, il est de plus en plus établi qu’un apport élevé en acides gras oméga 3 (EPA/DHA), associé à un rapport « oméga 6 » / « oméga 3 » est susceptible d’avoir un impact favorable sur plusieurs formes de dépression.
Enfin, les données sont de plus en plus cohérentes et nombreuses pour suggérer qu’un excès d’acide linoléique favorise la promotion de l’adipogénèse et le développement du tissu adipeux dès l’enfance, en favorisant la différentiation adipocytaire par le biais de la production de prostacycline issue de l’acide arachidonique (oméga 6) qui agit sur l’expression des gênes.
Ainsi, il est temps d’inverser la tendance dans nos habitudes alimentaires et dans nos modes de production.
Jean Michel Lecerf
Institut Pasteur de Lille
Lipides et nutrition n°16
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