Habitudes alimentaires : ce que nous apprennent nos ancêtres
L’homme moderne possède, à peu de choses près, le même patrimoine génétique et les mêmes fonctions métaboliques que son ancêtre direct du paléolithique supérieur. Or son mode de vie a radicalement changé. L’inadéquation entre son alimentation et ses possibilités physiologiques pourrait expliquer en partie les pathologies dites de surcharges dont il souffre aujourd’hui.
Tout au long de l’évolution, le besoin vital de nourriture et sa disponibilité ont conditionné à la fois la morphologie, le développement et le comportement des espèces. La disponibilité des nutriments a constitué une formidable pression de sélection naturelle telle que l’a décrit Charles Darwin à la fin du siècle dernier.
Deux évènements majeurs sont venus depuis changer le cours de l’histoire : l’agriculture et l’élevage du bétail, il y a sept milles à huit milles ans, avec pour conséquence l’augmentation des réserves, et très récemment, la révolution industrielle et ses effets sur l’alimentation. La sédentarité, le stockage des aliments et l’apparition de nouvelles denrées ont eu pour effet de bouleverser les habitudes alimentaires. Force est de constater que l’homme moderne vit dans un environnement totalement différent de celui pour lequel il a été sélectionné.
L’apparition de stratégies alimentaires
L’étude du comportement des hominidés laisse penser qu’ils se différenciaient des autres espèces par leur aptitude à transporter et à partager la nourriture avec leurs congénères de manière systématique, sinon équitable.
Les uns chassaient, tandis que les autres récoltaient des plantes ou des fruits. Cette répartition des tâches a eu le mérite de diversifier la nourriture. Le feu, découvert ou maîtrisé il y a environ 450 mille ans, a dû modifier progressivement les habitudes alimentaires tout en favorisant la vie sociale. La cuisson des viandes permet d’en modifier le goût tout en la rendant plus tendre, d’en augmenter la concentration en protéines en maintenant celle des lipides.
L’homo sapiens à table
L’alimentation presque exclusivement végétale de l’australopithèque s’est progressivement enrichie en viande, où le gibier représentaient environ 35% de la ration alimentaire. Avec le réchauffement climatique, responsable d’un certain degré de maigreur du gibier, le besoin de nouvelles sources d’énergie s’est fait sentir. L’avènement de l’agriculture a donné à nouveau aux végétaux une place prépondérante. Bien plus tard, la consommation de viande d’élevage et la révolution industrielle alimentaire sont encore venues modifier ce schéma.
En dépit de ses énormes besoins énergétiques, générés par une alimentation hyper protidique équivalente à environ 3 fois celle de l’homme moderne et par une activité physique très élevée, l’alimentation de l’homme du paléolithique supérieur était relativement pauvre en énergie et manquait cruellement de lipides. Toutefois, les rapports acides gras poly insaturés/acides gras saturés et W3/W6 étaient proches des recommandations actuelles (mais très différentes des habitudes de l’homme moderne). Tel était le cas également de la consommation importante de fibres et de celle, faible, de sel. Enfin, cette alimentation n’était probablement pas carencée en minéraux et elle était riche en vit C.
Ainsi, ce régime alimentaire s’oppose point par point à celui de l’homme de 21e siècle, qui, de plus, est devenu sédentaire. Le mode de vie actuel, en adéquation avec nos possibilités digestives et métaboliques réelles, est vraisemblablement en partie responsable de l’explosion de certaines pathologies chroniques et des maladies de surcharge. Toutefois, il est hors de propos de préconiser le retour à un régime et un mode de vie préhistorique. Les recommandations nutritionnelles devraient sans doute désormais prendre en compte les susceptibilités ou des prédispositions génétiques individuelles ou ethniques.
Dr Denise Caro
Le quotidien du médecin, nutrition, jeudi 4 mars 2004
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