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16 05 2008 15:18
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grignotage

Point de vue d´expert :

Le Grignotage
par le Pr Matty Chiva / Dr Brigitte Boucher le 12/05/2004

Le grignotage

 

Phénomène ancien, le grignotage progresse dans les sociétés développées en même temps que l’offre alimentaire et les modifications des modes de vie. Il n’aurait pas, selon les uns, de conséquences particulières sur la santé, tant que les apports énergétiques totaux restent dans les normes. Pour d’autres, il serait parfois à l’origine d’une déstructuration des prises alimentaires associée à un déséquilibre nutritionnel. Quoi qu’il en soit, les origines sociales, culturelles, voire personnelles du grignotage, font qu’il est difficile pour le grignoteur de le percevoir comme une prise alimentaire à part entière, s’intégrant dans le bilan énergétique quotidien. C’est son principal danger.

Le grignotage n’est pas un phénomène nouveau : c’est plutôt le type d’aliments grignotés (très agréables, à forte densité énergétique) et leur facilité d’emploi qui sont nouveaux. Enfin, le grignotage peut refléter un mal-être, et devenir d’autant plus culpabilisant que la « préoccupation santé » liée à l’alimentation va croissante et génère des normes.

Combien de fois mange-t-on par jour ?

Dans notre société, le modèle des trois repas journaliers est considéré comme une règle. Mais comment définir une prise alimentaire ou un repas ? La tasse de café et le petit gâteau, pris au bureau, font-ils partie du petit déjeuner pris une heure avant ? Sont-ils une prise alimentaire séparée ? Surtout, sont-ils perçus par le mangeur comme telle ? Il n’existe pas actuellement de définition univoque et acceptée par tous.

La majorité des sujets affirme faire trois repas par jour, tout en oubliant par exemple le fruit du midi, mis de côté et consommé plus tard, ou bien encore les pauses café et gâteaux ou, les friandises prises à n’importe quelle heure de la journée. Il apparaît que 19% de la population ne fait effectivement que trois repas par jour ; 41% effectue 4 à 5 prises alimentaires journalières et 40% six et plus (jusqu’à 15 par jour). Il est intéressant que lors des entretiens, les mêmes personnes, en toute bonne foi, ne considèrent pas que ces consommations entre les repas altèrent leur modèle des trois repas quotidiens. Les prises intermédiaires, le grignotage, ne sont pas perçus comme des prises alimentaires.

Comment de repas faut-il faire par jour ?

En 1997, un colloque interdisciplinaire a montré que le modèle culturel de trois repas par jour ne correspond à aucun déterminisme biologique, chrono biologique ou physiologique. Rien n’indique par ailleurs qu’il existerai une « sagesse du corps » qui permettrait de définir quand manger et combien. La fréquence, la structure des repas, leur périodicité et horaires, sont bien plus déterminés par des conventions culturelles, qui peuvent varier dans le temps et l’espace : ainsi les habitudes en Espagne sont très différents de celles des pays de langue anglaise ou de la Scandinavie. Des considérations morales ou sociales déterminent bien plus l’attitude à l’égard des grignotages qu’une réalité scientifiquement vérifiée. De plus, des exceptions et des tolérances existent : on considère ainsi généralement que les jeunes enfants, comme les seniors, doivent avoir une plus grande fréquence de prises alimentaires. Ces croyances ne reposent sur aucune démonstration scientifique. Dans les pays développés, la multiplication des prises alimentaires hors repas est perçue comme une désocialisation des individus, une rupture des cadres sociaux et identitaires, symbolisés par les repas en commun. Grignoter est dès lors perçu comme un acte égoïste et individualiste, transgressant le tissu social et ses conventions. Finalement, aucune donnée actuelle, en dehors des règles culturelles et sociales, ne permet de préconiser un nombre spécifique de prises alimentaires par jour.

Grignotage et prise de poids :

 

En clinique, on observe fréquemment un apport énergétique excédentaire très souvent lié à des grignotages inter prandiaux. Ceci est particulièrement vrai chez les enfants de plus en plus sollicités par une offre alimentaire multiple et ludique : ces aliments « désirables », de par leur composition essentiellement glucido – lipidique, ont souvent une densité énergétique forte.

Il en est de même de la mère de famille qui picore en préparant le dîner, qui finit l’assiette de ses enfants, ou de ceux qui avalent tout ce qui peut être proposé à l’apéritif, ou qui grignotent après le dîner en regardant la télévision… Banalisation de ces attitudes, que ces petits grignotages sociaux, qui très vite font monter le nombre de calories, et dont la répétition fait le lit du surpoids puis de l’obésité.

A l’heure où l’obésité augmente de façon considérable en France, il est utile de rappeler l’importance de prises alimentaires structurées et identifiées comme telles. Apprendre à reconnaître la faim et la satiété, à décoder l’envie largement sollicité dans notre mode de vie, voilà un projet d’éducation qui pourrait être très bénéfique : plutôt que d’interdire les grignotages, il vaut mieux mettre en place une collation ou un goûter qui sera intégré dans le bilan énergétique.

Prises alimentaires multiples et santé :

De nombreuses allégations concernent les prises alimentaires multiples et leurs conséquences sur la santé : certains pensent qu’un nombre élevé de prises alimentaires mènerait à l’obésité. D’autres avancent l’idée que l’augmentation du nombre de prises alimentaires permettrait un meilleur contrôle du poids, en augmentant les dépenses énergétiques et en diminuant la formation de la masse grasse. Il n’existe actuellement aucun consensus scientifique sur ce point, d’autant que les comparaisons doivent se faire à rapport calorique égal.

Enfin, les prises alimentaires multiples et, en particulier, le grignotage sont souvent tenus pour responsables d’une augmentation sensible des apports énergétiques. Ce reproche est en partie  justifié lorsque le grignotage implique la consommation répétée de boissons sucrées, dont les calories « liquides » sont mal prises en compte par l’organisme et dans les mécanismes de la satiété ; c’est aussi le cas lorsque le grignotage implique la consommation d’aliments à forte densité calorique, que les consommateurs n’intègrent pas dans le bilan implicite de leurs prises alimentaires.

Dossier Objectif  Nutrition « le grignotage »

Pr Matty Chiva, Université Paris X

Dr Brigitte Boucher,

Médecin nutritionniste, Paris

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