Fruits et légumes unis contre l'hypertension artérielle
Tension artérielle et risque vasculaire : une relation exponentielle
L’élévation de la pression artérielle systolique avec l’âge, observée dans les pays industrialisés, demeure un problème majeur de santé publique. A tel point que, selon l’OMS, l’élévation de la pression systolique moyenne de la population au dessus de 115 mm de mercure serait le second facteur réduisant le nombre d’années de vie en bonne santé, après le tabagisme et avant l’alcoolisme. L’augmentation de la pression systolique favorise, en effet, le développement d’infarctus du myocarde et d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques ou hémorragiques (300 000 à 400 000 chaque année en France).
La relation entre le niveau de pression systolique et le risque d’accident cardiovasculaire est exponentielle. En conséquence, il n’existe pas de seuil que l’on pourrait utiliser comme repère pour définir les valeurs déviantes de la normale. Définir l’hypertension à partir d’une pression systolique supérieure à 140 mm de mercure est donc assez arbitraire. Le nombre de personnes dont la pression systolique devrait diminuer, pour réduire significativement la morbidité et la mortalité cardiovasculaire dans la population, est bien plus grand. Il excède même celui des hypertendus : certes, leur risque cardiovasculaire est plus élevé mais… ils sont bien moins nombreux. Ainsi, en négligeant de prendre en charge les personnes ayant une pression artérielle supérieure à 115 mm de mercure, on ignore une large part du problème de santé publique. En revanche, il ne semble pas souhaitable (en raison des effets indésirables et du coût pour la sécurité sociale), d’accroître le nombre de personnes traitées par des médicaments hypotenseurs. Une approche préventive, visant à modifier les facteurs alimentaires et comportementaux dans l’ensemble de la population - et pas seulement chez les hypertendus, semble préférable. C’est dans ce cadre que l’OMS recommande, pour diminuer la pression systolique moyenne dans la population de réduire le poids corporel, les apports en sel et en alcool, tout en augmentant l’activité physique et la consommation de fruits et légumes.
5 à 10 fruits et légumes par jour diminuent la tension systolique de 4 mm
Dans les années 1980, on a montré que la population végétarienne avait une pression systolique moyenne plus faible que la population générale. Remplacer les aliments d’origine animale par des produits végétaux réduit d’environ 5 mm de mercure la pression systolique moyenne dans des populations de normo tendus ou d’hypertendus. On a également montré qu’un apport élevé en fruits et légumes (5 à 10 prises par jour), maintenu pendant 2 à 6 mois, diminuait la pression systolique moyenne de 3 à 4 mm de mercure. Cela revient à réduire le nombre d’hypertendus (pression systolique supérieure à 140 mm de mercure) d’environ 25%. Les fruits et légumes exercent donc des effets spécifiques intéressants pour réduire les risques d’hypertension. Leur impact est sans doute potentialisé par la maîtrise du poids corporel et d’autres mesures nutritionnelles comme la réduction des apports en sel ou en graisses saturées.
Le rôle majeur du potassium
Les mécanismes par lesquels les fruits et légumes diminuent la pression artérielle ne sont pas encore complètement compris. Les végétaux sont très riches en minéraux, vitamines et nutriments divers, susceptibles d’influencer la pression artérielle. Hypothèse la plus crédible pour expliquer l’effet hypotenseur des fruits et légumes ? Leur richesse en potassium. Selon plusieurs études, l’apport de potassium alimentaire est un facteur majeur de contrôle de la pression artérielle. Ainsi, dans l’étude INTERSALT (réalisée sur 52 populations réparties dans 32 pays et réunissant plus de 10 000 personnes), l’apport de potassium (mesuré par l’excrétion urinaire), semble affecter directement la pression artérielle. Plus précisément, une augmentation de l’apport journalier de potassium de 1,2 à 1,7 g (l’apport moyen est d’environ 3 g) s’associe à une réduction de la pression systolique moyenne de 2 à 3 mm de mercure. Une trentaine d’essais d’intervention, rassemblant au total plus de 2600 participants, indiquent qu’une supplémentation en potassium (2 gr par jour pendant 5 semaines) diminue la pression systolique moyenne. Bien que toujours présent, l’effet est plus marqué chez les hypertendus que les normo tendus et chez les personnes ayant un apport journalier en sodium élevé.
Précision importante : dans les fruits et légumes, le potassium est présent sous forme de sels de citrate, de malate ou d’autres anions organiques, et non de chlorure de potassium, utilisé par la majorité des études d’intervention . Or si les effets hypotenseurs et natriurétiques des sels organiques et du chlorure de potassium semblent à peu près équivalents, les sels organiques ont l’avantage d’avoir un pouvoir alcalin. En générant du bicarbonate dans l’organisme, ils ont des effets bénéfiques sur l’excrétion urinaire de calcium, les calculs rénaux et l’ostéoporose, qui s’additionnent à ceux du potassium.
Sans oublier les antioxydants
En dehors du potassium, une partie de l’effet hypotenseur des fruits et légumes pourrait provenir de leur forte teneur en antioxydants, comme le bêta carotène ou les vitamines C et E, susceptibles d’influencer la pression artérielle en agissant au niveau vasculaire. Néanmoins, cette hypothèse reste encore largement à démontrer. Si plusieurs études épidémiologiques ont montré l’existence d’une relation inverse entre l’apport en antioxydants (en particulier la vitamine C), et la pression artérielle, les essais d’intervention donnent des résultats inconsistants, même à des doses pharmacologiques. La modification des comportements alimentaires en faveur de la consommation de fruits et légumes contribue à réduire l’incidence des pathologies liées au vieillissement, en particulier les risques d’accidents vasculaires liés à l’hypertension. Si cette mesure s’accompagne d’autres changements nutritionnels ou de modes de vie favorables, on comprend que l’impact sur la santé d’une nutrition bien conduite puisse être considérable.
Pression artérielle systolique : se différencie de la pression artérielle diastolique. C’est le premier chiffre tensoriel lorsque l’on mesure sa tension.
Potassium : minéral indispensable à l’organisme, participe au bon fonctionnement cardiaque
Hypotension : inverse d’hypertension. Tension plus basse que la normale qui se situe à 14/9.
Pierre Meneton
Département de Santé Publique et d'Informatique Médicale
Et Christian Rémésy
Unité Maladies Métaboliques et Micronutriments
INRA, Centre de recherche de Theix, 63122 Saint-Gènes Champanelle
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