L'Aspartame : ange ou démon ?
Découvert en 1965 par Searle et commercialisé en 1974, l’aspartame, célèbre par son pouvoir sucrant, suscite de nombreuses controverses quant à sa dangerosité pour la santé. Le point à travers ces quelques lignes sur un des additifs les plus étudiés et médiatisés au monde.
L’aspartame, découvert en 1965 par Searle, allège avantageusement notre alimentation en sucre depuis 25 ans. Les propriétés chimiques de ce dipeptide méthylé provenant de la synthèse d’acide aspartique et phénylalanique lui confèrent un fort pouvoir sucrant et donc un faible apport calorique en utilisation pratique. Ceci conduira à sa mise sur le marché dès 1974 et à son utilisation dans plus de 6000 produits dits «allégés» à travers le monde. Cet édulcorant est alors devenu doublement célèbre, non seulement pour son pouvoir sucrant à pratiquement zéro calorie, mais aussi, et surtout, pour les controverses qu’il suscite. Régulièrement soupçonné d’être dangereux pour la santé notamment d’accroître le risque de cancer, comme dernièrement, en juillet 2005, l’aspartame est également à chaque fois innocenté. La dernière fois remonte à mai 2006, par l’Agence européenne de sécurité des aliments. Alors, qu’en est-il? Pourquoi cet additif a-t–il été souvent mis en cause dans de nombreux effets secondaires chez l’homme?
Conspiration ?
La première d’entres elles est la conspiration.
Une multinationale comme Searle, dans les années 70, avait bien compris le potentiel économique de sa poudre blanche. Alors, la conspiration d’une multinationale prête à tout pour vendre son édulcorant?
Prise de poids ?
Dans les années 1980, un petit nombre d’études avait déjà suggéré que la consommation d’édulcorants intenses comme l’aspartame pourrait stimuler l’appétit et donc se traduire par des kilos en trop.
Risque de tumeur du cerveau ?
Mais la plus grosse accusation qui a toujours pesé sur l’aspartame est celle d’augmenter le risque de cancer cérébral. En effet, depuis plus de vingt ans, il existe une hausse sensible du nombre de cas aux Etats Unis. En 1966, un chercheur américain célèbre a souligné que cette hausse était parallèle à l’utilisation croissante d’aspartame.
Pour d’autres scientifiques ce serait la dégradation en dicétopipérazine de l’aspartame en solution qui en serait responsable. Cette substance, lorsqu’elle est chauffée à plus de 150°C, est soupçonnée de pouvoir conduire à la formation de nitrosamines, produits cancérigènes.
Devant tant de rumeurs alarmantes, on peut se demander pourquoi cet édulcorant est encore en vente libre, autorisé et utilisé depuis plus de 20 ans dans de nombreux pays dans le monde?
Il ne s’agit déjà plus, même si des doutes peuvent inquiéter au début de sa commercialisation, d’accuser, comme dans le passé, l’influence du gros lobby industriel et pharmaceutique sur les pouvoirs publics. Aujourd’hui, ce sont des recherches approfondies sur l’aspartame et ses produits de dégradation qui ont été menées au cours d’expériences animales et humaines, d’études de consommation et d’une surveillance post commercialisation. On peut réellement affirmer que la littérature concernant l’aspartame est abondante et plutôt rassurante, avec des centaines de publications démontrant son innocuité.
En France, l’Agence Française de sécurité sanitaire des aliments a été saisie le 16 Octobre 2000 par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes sur la question d’un éventuel lien entre exposition à l’aspartame et tumeurs du cerveau. L’Affsa a rendu un avis en mai 2002, dans lequel elle estimait que, dans l’état actuel des données scientifiques, rien ne permettait d’établir une relation entre exposition à l’aspartame et tumeurs du cerveau.
L’insuline :
On entend également dire que la consommation d’aspartame pourrait favoriser la libération d’insuline et, par conséquent, faire obstacle à l’amaigrissement. Une étude a permis de montrer que l’aspartame ne modifie pas la libération d’insuline par les îlots pancréatiques de rat isolé, tandis qu’une autre étude a prouvé que la prise d’une boisson édulcorée n’influence pas la phase céphalique de la libération d’insuline chez l’homme.
L’insuline d’augmenterait pas non plus l’appétit, ni le nombre de calories ingérées. Par rapport aux aliments sucrés, ils diminueraient plutôt les apports énergétiques et aiderait même à la perte de poids.
Phénylcétonurie :
La seule situation dans laquelle l’aspartame peut présenter un risque est la personne souffrant de phénylcétonurie.
La dernière rumeur médiatique :
Alors que l’on croyait le débat définitivement clos, des chercheurs italiens ont relancé la controverse autour de l‘aspartame en juillet 2005. Une nouvelle étude expérimentale menée chez des rats a soulevé de nouvelles questions sur les liens potentiels entre l’exposition à l’aspartame et la survenue de cancers.
L’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a alors rapidement demandé une réévaluation de ces nouvelles données et de toutes les études disponibles portant sur la sécurité de l’aspartame.
Elle en a conclu qu’il n’y a pas lieu de réexaminer l’avis scientifique précédent sur la sécurité de l’aspartame, ni de revoir la dose journalière acceptable (DJA) d’aspartame de 40mg/kg de poids corporel. Voilà qui devrait clore le débat…
Conclusion :
Aucun danger, mais ne perdons pas de vue l’essentiel: l’équilibre et le plaisir!
L’aspartame en utilisation habituelle n’étant pas toxique, il faut savoir utiliser ses avantages. Il offre aux diabétiques, et à tous ceux qui contrôlent leur poids, la possibilité d’apprécier la saveur sucrée de nombreux produits, ce qui rend le régime plus facile à suivre, avec en principe moins de calories et n’entraînant pas de sécrétion d’insuline. Il n’est pas non plus fermentescible par les bactéries de la flore buccale et il ne participe ni à la formation de la plaque dentaire, ni à la formation d’acide cariogène.
Pourtant il faut éviter que les patients ne tombent dans le piège qui consiste à en manger davantage sous prétexte qu’il s’agit de produits allégés. Un produit vendu comme étant «allégé en sucre» n’est pas forcement synonyme de moins de calories. Les industriels de l’alimentation qui allègent leurs produits sont souvent contraints, pour éviter qu’un biscuit ne parte en miettes, d’ajouter des graisses à chaque fois qu’ils diminuent le sucre. De toute façon, se forcer à «ingurgiter» du light si l’on n’aime pas le goût, dans le seul but d’économiser des calories, ne sert à rien non plus… Si l’on mange trois fois plus de produits allégés, non seulement on ne maigrit pas, mais en plus on peut développer des troubles du comportement alimentaire. On risque en effet de reproduire cette attitude avec les autres aliments, allégés ou non!
Si l’aspartame peut représenter un auxiliaire culinaire intéressant dans certains cas, il faut éviter d’en encourager la consommation systématique, et ce pour une bonne raison: il est préférable de ne pas entretenir et renforcer le goût pour le sucré chez une personne qui est prédisposée à l’obésité ou qui est diabétique. Les aliments light, et surtout les boissons édulcorées, perpétuent, voire accentuent l’attirance pour le sucré et perturbent les mécanismes naturels du choix des aliments.
L’innocuité de l’aspartame ne doit pas plus nous inviter à promouvoir sa banalisation. Il est censé nous rendre des services ponctuels, or il est désormais présent au quotidien et ceci n’est pas anodin. Lorsque l’on a soif, mieux vaut apprendre à boire de l’eau que des boissons édulcorées, c’est une question de logique. Ne peut-on pas non plus apprendre à manger nature? Des fraises nature, un yaourt nature, une tasse de thé nature possèdent un goût «vrai». User d’une petite quantité de miel, de compote, de confiture, de fruits secs ou de fruits frais, pour sucrer des yaourts et des fromages blancs, peut représenter une solution fort agréable et saine, tout en n’apportant guère trop de calories supplémentaires sur la journée. Ils apportent une saveur sucrée délicatement fruitée et sont, en plus, sources de vitamines, de minéraux et de fibres.
«N’est – ce pas, quelque part, une aberration que de vouloir remplacer le sucre qui n’a pas de DJA par des édulcorants qui en on une?»
GALTIER (D.) - Diététicien centre hospitalier F.H Manhès Fleury-Mérogis - «L’aspartame: ange ou démon?» Nutritions et Facteurs de risque – Septembre – Octobre 2006 – Vol 4 – n°27 -p.187 - 192
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