Arrêt du tabac et prise de poids
Gain de poids moyen à l’arrêt du tabac : 2,8 kg pour les hommes et 3,8kg pour les femmes en moyenne. Le poids moyen de ces sujets a simplement atteint le poids moyen des sujets non – fumeurs et qui le sont restés.
Chez 10% des individus, la prise de poids est supérieure à 13kg mais 30% des sujets qui cessent de fumer ne prennent pas de poids ou en perdent. Fumer fait perdre du poids et la prise pondérale qui suit l’arrêt n’est en général qu’un rattrapage. La nicotine entraîne une dépense énergétique par dégradation des graisses. Ainsi, on estime que la dépense énergétique est augmentée de 6% pendant 2h à la suite de la consommation de chaque cigarette. La dépense énergétique supplémentaire d’un fumeur de 24 cigarettes par jour est donc de 200 kcal.
Comme chez le non fumeur, la caféine augmente les dépenses énergétiques du fumeur mais dans son cas, les effets sont additifs surtout s’il s’agit d’un homme. Surtout chez l’homme, l’activité physique produit une augmentation de 50% de l’effet de la nicotine. Le fumeur a donc perdu du poids et surtout de la masse grasse au début de son tabagisme. Ensuite il a maintenu son sous – poids (sans l’aggraver) malgré une augmentation sensible de ses dépenses en accroissant sa prise alimentaire.
La nicotine favorise la protéinogénèse (synthèse des protéines) et cela se traduit par un besoin accru en protéines. A la recherche de protéines, le fumeur consomme beaucoup de viandes et donc beaucoup de lipides saturés (mauvais au niveau vasculaire). Le fumeur consomme ces viandes en sauce bien goûteuse parce que bien grasse et il ajoute du sel pour favoriser la sortie des arômes à partir des lipides dans lesquels ils sont en solution. Le fumeur mange peu de légumes et de fruits et il avoue les trouver insipides.
Ainsi, le régime spontané du fumeur, riche en graisses saturées et en sel, pauvre en fibres et en micronutriments explique en grande partie la prévalence des maladies cardio vasculaires et celles de certains cancers chez ce sujet.
La prévention, quelle stratégie ?
A l’arrêt du tabac, on observe une prise alimentaire de 300 kcal supplémentaires alors que les dépenses énergétiques diminuent de 200 kcal (pour un paquet par jour auparavant consommé). Cela nous donne un excès calorique de 500 kcal par jour. Ce qui explique la prise de poids à l’arrêt du tabac. Il semble que la prise énergétique spontanée au cours des deux premières semaines d’abstinence donne une bonne indication sur le gain de poids total prévisible.
Alors que l’activité physique peut entrer dans une nouvelle hygiène de vie désormais permanente, les traitements pharmacologiques peuvent seulement mais efficacement retarder le problème. Il faudra à leur arrêt leur substituer l’exercice physique pour que soit maintenu la masse musculaire des sujets et les besoins énergétiques qu’elle requiert. Ce maintient est essentiel pour ne pas avoir à infliger une restriction alimentaire plus drastique.
Une activité physique même intense ne saurait à moyen terme éviter la restriction: au delà du seul rattrapage de l’effet de la nicotine le surplus de dépenses serait physiologiquement compensé par une augmentation spontanée des apports. Le traitement substitutif à la nicotine est le traitement de choix pendant 3 mois, elle limite la prise de poids à 4 kg en 3 mois.
Prévenir la prise de poids ? Pour ceux qui sont susceptibles d’en prendre, il semble que la prévention passe par l’exercice physique à vie et une restriction alimentaire modérée (- 300kcal par jour à vie). Celle ci doit commencer dès l’arrêt ou peut être remise à plus tard à l’aide de drogues qui ne sont pas forcément anodines, ni dépourvues d’effets secondaires. Le praticien peut être aidé d’un psychologue qui saura gérer les problèmes et éviter les situations trop stressantes qui pour certains se traduisent par un grignotage additionnel.
Dépendance tabagique et contrôle central de la glycémie et de l’appétit :
La sensibilité des mêmes cellules à la nicotine et aux variations de glycémie semble expliquer en partie l’effet anorexigène de la nicotine. Elle pourrait aussi rendre compte des essais fructueux d’aide au sevrage tabagique par l’administration orale de glucides (sucres). L’administration de glucose réduit l’envie de fumer et augmente les chances de succès du sevrage tabagique. L’ingestion de glucose réduit en quelques minutes l’envie de fumer (ce qui n’est pas valable pour les sucres de remplacement).
Chez les fumeurs dépendants ayant arrêté de fumer, la consommation de glucides permet de réduire l’envie irrépressible de fumer, ainsi que certains symptômes du sevrage. Ces effets étaient observés en référence à des témoins ayant reçu un édulcorant. Par conséquent, ils sont dus, non au simple goût sucré, mais à l’ingestion d’hydrates de carbone (sucres) à haute valeur énergétique.
La forte envie de cigarette chez le fumeur abstinent serait associée à une augmentation d’appétit parce que le sevrage affecterait un système commun contrôlant la motivation à fumer et la motivation alimentaire. Les deux motivations pourraient alors être satisfaites par l’administration orale de glucose (sucre). L’effet de celui ci s’expliquerait donc par une confusion entre envie de fumer et besoin physiologique de glucose.
Professeur Jeanine LOUIS-SYLVESTRE
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